Présentation

Editorial

Par le Ministre, Prof. Saliou Touré



Date de publication : 1 janvier 2005

« La science est universelle » dit-on, puisque les lois qui gouvernent notre univers s’imposent à tous les Humains de la planète Terre, indépendamment de leur origine ou de leur croyance.


L’Egyptologue Cheick Anta DIOP écrivait en 1981 dans son livre « Civilisation ou barbarie » et je cite : « les sciences et techniques ne peuvent être une valeur étrangère car l’Afrique est la mère de toutes les civilisations ». Par conséquent, les « Africains doivent puiser, en toute liberté, dans l’héritage culturel commun de l’humanité, en ne se laissant guider que par les notions d’utilité et d’efficacité ». L’Afrique ne devrait donc pas être complexée voire gênée par un soi-disant retard scientifique ou technologique.


Dans son livre paru en 2005 et intitulé « Afrique : la fracture scientifique », Monsieur Bonaventure Mvé-Ondo, alors Directeur Régional pour l’Afrique de l’Ouest de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF) entérine le même constat : « C’est la fracture scientifique, plus grave que la fracture numérique, qui marginalise l’Afrique. Le continent se développera, en fonction des priorités qu’il aura lui-même définies, lorsqu’il se construira une culture nouvelle, libérée aussi bien de certains comportements archaïques que de la posture de consommateur passif de techniques importées comme au temps de la colonisation ».


Le problème de l’Afrique moderne réside dans son insuffisance relative dans la production scientifique et technique. Un rapport d’évaluation des objectifs pour le millénaire des Nations Unies indique que l’Afrique représente moins de 5 % de la production scientifique mondiale. Aujourd’hui, nous devons créer une culture technologique qui fera passer le continent africain du statut de simple importateur ou de simple consommateur à celui de producteur de biens techniques et technologiques.


Il y a quelques années, un slogan a été longuement véhiculé dans certains pays africains et je cite : « L’avenir appartient à la science et à la technique ». Si l’idée est louable, il faut remarquer qu’il a manqué la volonté politique pour passer des bonnes intentions aux actes concrets en dotant les laboratoires de recherche d’équipements adéquats, les bibliothèques de ressources bibliographiques suffisantes, en favorisant les échanges intra et interuniversitaires par l’octroi de prix et de bourses aux jeunes Chercheurs; de même l’amélioration des conditions de travail et de vie des Chercheurs aurait pu encourager et susciter des vocations au sein des nouvelles générations et freiner ainsi la fuite des cerveaux.

Pour faire face aux défis de la mondialisation, l’Afrique doit donc promouvoir la recherche scientifique, pour la transformation de ses matières premières locales, gage de la réduction de la pauvreté et pour un développement humain durable.


C’est pourquoi nous encourageons le projet de l’AUF d’édition électronique de revues scientifiques de haut niveau dans les pays du Sud de l’espace Francophone. Face à la pénurie de revues scientifiques pluridisciplinaires et aux énormes difficultés que rencontrent les Chercheurs Africains pour publier leurs travaux scientifiques dans des revues à diffusion internationale, ces revues suscitées par l’AUF permettront  - de faciliter le transfert du savoir et du savoir-faire par une large diffusion des résultats de la recherche dans les pays du Sud  - de réduire les inégalités face au savoir  - d’aider les pays du Sud à s’approprier les Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication (NTIC).


J’invite donc les Chercheurs d’Afrique et d’ailleurs à soumettre à la revue « Afrique SCIENCE » des travaux de grande valeur scientifique; ils participeront ainsi au dialogue scientifique entre l’Afrique et le reste du monde.

Pour terminer, je voudrais adresser mes chaleureux encouragements aux membres du « Comité de Rédaction » et souhaite longue vie à « Afrique SCIENCE ».

* Ancien ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche Scientifique et de l’Innovation Technologique de Côte d’Ivoire (1993 –1998)

* Membre de l’Académie des Sciences, des Arts, des Cultures d’Afrique et des Diasporas africaines (ASCAD)


Pour citer cet article

«Editorial». Afrique Science, 1 janvier 2005, http://www.afriquescience.info/document.php?id=489. ISSN 1813-548X.